« L’étude DEBATS*, menée en France à partir de 2013, vise à évaluer les effets de l’exposition au bruit des avions sur la santé des riverains des aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle, Lyon-Saint-Exupéry et Toulouse-Blagnac. Elle a été initiée par les autorités nationales de santé et de contrôle des nuisances sonores, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à l’augmentation du trafic aérien et aux plaintes des populations vivant près des aéroports. Au total, 1 244 personnes ont été interrogées à domicile et suivies à plusieurs reprises afin d’analyser l’évolution de leur état de santé. Les auteurs de l’étude sont des chercheurs de l’Université Gustave Eiffel, l’Université de Paris, de l’AP-HP, de l’Hospice de Lyon, et du Centre d’évaluation technique de l’environnement sonore en Île-de-France. L’étude est publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2020, n°. 28, p. 570-579.
Les données collectées portent sur plusieurs dimensions : qualité subjective du sommeil, santé cardiovasculaire (notamment hypertension), état endocrinien via la sécrétion de cortisol, troubles psychologiques, santé perçue et gêne liée au bruit des avions. L’exposition sonore a été estimée à partir des cartes de bruit officielles (indicateurs Lden et Lnight), permettant une modélisation précise du niveau de bruit autour du domicile des participants. Les questionnaires ont été complétés par des mesures physiologiques telles que la pression artérielle et l’analyse salivaire du cortisol.
Les résultats montrent des effets négatifs significatifs de l’exposition au bruit aérien sur le sommeil : les personnes les plus exposées dorment plus souvent moins de six heures et se sentent davantage fatiguées au réveil. L’étude met également en évidence une association entre exposition au bruit et risque accru d’hypertension, mais uniquement chez les hommes. En matière de santé mentale, aucune relation directe n’a été démontrée entre bruit et troubles psychologiques ; toutefois, un gradient très net apparaît entre le niveau de gêne ressentie et ces troubles.
Concernant l’axe endocrinien, une diminution de la variation quotidienne du cortisol salivaire a été observée chez les sujets exposés à des niveaux sonores élevés, suggérant un stress chronique avec dérégulation du rythme circadien. De plus, l’état de santé perçu se dégrade avec l’exposition au bruit chez les hommes, renforçant l’idée que le bruit aérien affecte à la fois la santé objective et subjective. Le pourcentage de personnes fortement gênées par le bruit augmente clairement avec le niveau sonore.
En conclusion, les résultats à l’inclusion confirment des études internationales antérieures : le bruit des avions constitue un facteur de risque pour le sommeil, le système cardiovasculaire, le système endocrinien et, indirectement, pour la santé psychologique. L’étude souligne l’importance de prendre en compte ces effets dans les politiques publiques, notamment alors que le trafic aérien continue de croître. Les analyses longitudinales prévues sur les données de suivi 2015 et 2017 sont destinées à consolider ces conclusions et à mieux comprendre l’impact du bruit sur la santé dans la durée.
Pour en savoir plus => Étude DEBAT
*Source : HEALTH EFFECTS OF AIRCRAFT NOISE EXPOSURE: BASELINE RESULTS OF THE DEBATS STUDY, Anne-Sophie Evrard, Marie Lefèvre, Clémence Baudin, Marie-Christine Carlier, Patricia Champelovier, Lise Giorgis-Allemand, Jacques Lambert, Damien Léger, Ali-Mohamed Nassur, Bernard Laumon, Bruitparif, BEH 28, octobre 2020″

